FIDES



Vient de paraître

Brouillon de culture québécoise

Brouillon de culture québécoise

Guy Durand
En librairie le 22 août 2014

« La démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous
les autres », a dit Churchill. C’est faux, évidemment ! Mais c’est dire combien elle est fragile et combien elle a toujours besoin d’ajustements, de réformes et d’enracinement.
La correspondance entre Louis Dantin et Alfred DesRochers

La correspondance entre Louis Dantin et Alfred DesRochers

Pierre Hébert, Patricia Godbout, Richard Giguère, avec la collaboration de Stéphanie Bernier
En librairie le 8 août 2014

L’écrivain et critique Louis Dantin (Eugène Seers) est connu pour avoir préparé et préfacé la première édition des poèmes d’Émile Nelligan. Mais on ignore souvent que, prosateur, poète et critique majeur de son temps,
Dialogues d'hommes et de bêtes

Dialogues d'hommes et de bêtes

Félix Leclerc
En librairie le 29 août 2014

Écrits d’abord pour être lus à la radio, les récits de ce
recueil ont été publiés pour la première fois en 1949.
Louis-Antoine Dessaulles 1818-1895

Louis-Antoine Dessaulles 1818-1895

Yvan Lamonde
Louis-Antoine Dessaulles (1818−1895) a connu un destin exceptionnel. Neveu et fils spirituel de Louis-Joseph Papineau, il incarne, non sans contradictions, l’envers de l’histoire connue du Québec. Seigneur, il est pourtant démocrate, républicain et anticlérical.
Le charivari de la liberté

Le charivari de la liberté

Anne-Marie Sicotte
En 1833, il fait bon vivre en Bas-Canada, colonie prospère d’Amérique. Gilbert, instituteur à Montréal, et sa sœur Vitaline, qui vient de lier son sort à celui d’un marin de Saint-Denis, aspirent à une existence à la hauteur de leurs ambitions. Tout en se laissant entraîner sur le chemin périlleux d’une ancienne passion, Vitaline déploie sa sensibilité d’artiste. Quant à son frère, il s’est entiché de la plaisante Caroline, qui vend ses charmes, défend chèrement son indépendance et lui donne du fil à retordre.
L'aquarelliste

L'aquarelliste

Beatrice Masini
En Lombardie, au début du XIXe siècle, une jeune aquarelliste, Bianca, est embauchée par le maître d’un grand domaine à la campagne, don Titta, pour dessiner chacune des fleurs de ses jardins, afin d’en fixer l’éphémère beauté. Don Titta est un poète de renom.
Miser sur l'égalité

Miser sur l'égalité

Sous la direction d'Alain Noël et Miriam Fahmy
Dans la plupart des démocraties avancées, les inégalités ont augmenté depuis le milieu des années 1980. Le ­Québec a en partie résisté à cette tendance, mais la pression demeure forte. Nos sociétés, en effet, tolèrent de plus en plus l’existence d’inégalités.
Allegro

Allegro

Félix Leclerc
Les bêtes dorment dans l’étable, deux pigeons se
posent sur une corniche, un brin de blé se révolte
contre la mort.
Le fou de l'île

Le fou de l'île

Félix Leclerc
Un fou, dont la lucidité est dérangeante, prend dans sa main une vieille île qu’il secoue et rajeunit « en lui injectant dans les veines le tourment de la chose qui n’est pas de ce monde ». Après le fabuliste, le conteur, le poète et le chansonnier, voici le romancier. Félix Leclerc évoque un univers où les hommes ne sont jamais aussi rudes qu’ils le laissent croire et la vie, aussi terne qu’on le dit.
Moi, mes souliers

Moi, mes souliers

Félix Leclerc
Dès la première ligne, je me suis dit : « Voilà un homme sympathique ! » Il ne cherche pas à me faire croire qu’il est un monstre sacré [...] il raconte son histoire sans forcer son talent, sans vanité, sans vouloir se faire prendre pour ce qu’il n’est pas : ce qui est le vrai moyen d’écrire un bon livre.
JEAN GIONO
Je me souviens?

Je me souviens?

Jocelyn Létourneau
Parce qu’il conteste une ribambelle d’idées reçues, ce livre sera discuté. À l’encontre de ce que l’on dit, les jeunes Québécois s’intéressent à l’histoire de leur société. Ils sont capables de visions d’ensemble du parcours de leur collectivité – visions politiques soit dit en passant ! Et ils se montrent fiduciaires de l’expérience historique du Nous – ou plutôt des Nous québécois, selon qu’ils sont «anglos» ou «francos».
Jean-Marie Beaudet, l'homme-orchestre

Jean-Marie Beaudet, l'homme-orchestre

Josée Beaudet
Il fut un pianiste de premier plan, prix d’Europe 1929, accompagnateur privilégié et ami du ténor Raoul Jobin, pour ne citer que ce nom.
Il fut un chef d’orchestre doué, fondateur et directeur musical de l’orchestre du Centre National des Arts à Ottawa.
Il fut un pionnier de Radio-Canada, son premier directeur musical pan-canadien, à une époque où la radio était reine et la télé, culturelle...
Précis républicain à l'usage des Québécois

Précis républicain à l'usage des Québécois

Danic Parenteau
Ce précis part d’un constat : il existe au Québec une pratique sociale républicaine fort répandue et enracinée dans l’imaginaire collectif. Pourtant, chez les Québécois, cette aspiration confuse aux idées et aux valeurs de la République ne sait pas dire son nom, faute d’avoir été pensée et théorisée. Pourquoi la pratique républicaine n’a-t-elle jusqu’ici jamais été pleinement assumée par les Québécois eux-mêmes ?
Promenade dans les pensées d’un peintre

Promenade dans les pensées d’un peintre

Pierre Lussier
«Tout n’est-il pas sacré? La pensée, le temps, la nature, une pomme? N’est-ce pas le regard divin posé sur une chose qui la rend sacrée? Et encore, ce regard qui façonne une œuvre avec le souci de rendre heureux que met toujours l’amour dans ce qu’il fait n’est-il pas le seul qui compte? Je connais certains fruits de Chardin qui m’ont fait verser des larmes de tendresse, Chardin qui répondait à un artiste s’enquérant du secret de ses couleurs : “Mais, que me parlez-vous de couleurs? On ne peint pas avec des couleurs, mais avec des sentiments”.»
Pierre Lussier
Recettes gourmandes

Recettes gourmandes

Jacqueline Lagacé
acqueline Lagacé offre aujourd’hui un livre de recettes plus gourmand et créatif qui prouve qu’une cuisine saine, sans gluten et sans produits laitiers, qui respecte les règles de l’alimentation hypotoxique, peut être l’occasion de véritables fêtes gustatives tout en étant simple d’exécution.


À paraître

Des monstres

Des monstres

Dionis Cerdà
En librairie le 26 septembre 2014

Dans un collège privé de Montréal, pendant une année scolaire, quatre jeunes gens âgés de 15 à 16 ans sont tour à tour entraînés dans une spirale machiavélique par leur professeur de français, le séduisant Ramos.
Voyageur

Voyageur

Pierre Graveline
En librairie le 26 septembre 2014

1971. Rêvant depuis toujours de prendre son envol, un jeune homme de dix-neuf ans quitte le Québec et part sur les chemins aventureux du monde.

Seul et désargenté...
Pourquoi ne pas devenir riche?

Pourquoi ne pas devenir riche?

Maurice Angers
En librairie le 5 septembre 2014

Pourquoi ne pas devenir riche? Est-ce à la portée de tous de
se hisser vers les plus hauts sommets de la richesse? L’effort,
les études, la volonté, l’habileté, voire la loterie, peuvent-ils y
conduire?
La chair décevante

La chair décevante

Jovette Bernier
En librairie le 26 septembre 2014

Sur l’écran, sous les feux de la rampe, la souffrance est
divine pour la foule.
Arias pour Claude Vivier

Arias pour Claude Vivier

Louise Bail
En librairie le 10 octobre 2014

« Il ne dormait jamais sans que la pièce soit éclairée. Tous ses amis le savaient. À sa mort, des quantités incroyables d’ampoules électriques furent trouvées dans son placard. Il avait peur du noir. Cela devait remonter à la crèche, où sa mère l’avait laissé après y avoir accouché.
 ACTUALITÉS
Fides propose dans cet espace « Actualités» un lieu de rencontres possibles entre un livre et des lecteurs.


 

Brouillon de culture québécoise pour une démocratie authentique

de Guy Durand

 

Qui êtes-vous Guy Durand?

Théologien (Maîtrise de UdeM, Doctorat de Lyon, France), juriste (LL. L), soucieux des sciences humaines et spécialisé en éthique. Tout d’abord axé sur l’éthique chrétienne à la Faculté de théologie de l'UdeM, mon travail d'enseignement et de recherche s’est graduellement orienté vers la bioéthique ou l’éthique médicale et infirmière (Faculté de médecine et FES) ; puis, ces dernières années, sur l’éthique sociale et politique. J'ai écrit de nombreux livres sur ces différents sujets. Plus d'une vingtaine.

     Je suis professeur émérite de l’Université de Montréal, membre honoraire de la Faculté de médecine. J'ai été directeur fondateur du DESS multidisciplinaire en bioéthique qui a mené au doctorat dans cette matière.

 

Vous avez dit juriste?

Oui, j'ai fait le cours de droit à l'Université de Montréal et passé les examens du Barreau du Québec, mais je ne suis pas membre de la Corporation. Je n'ai jamais pratiqué  le droit, mais j'ai travaillé avec des avocats dans divers comités et la question des rapports entre éthique et droit m'a toujours grandement intéressé.

 

Qu'est-ce qui vous a amené à écrire ce livre?

Devant ce qui se passe à la Chambre des communes et à l'Assemblée nationale, devant ce qu'on entend à la Commission Charbonneau, devant ce que rapportent les journaux, de plus en plus de gens sont tentés par le cynisme. Je n'en suis personnellement pas là. Je suis plutôt indigné. Ma réaction est de contribuer à construire une société plus humaine, plus juste, plus démocratique, plus harmonieuse, voire plus ouverte à l'humanisme (intégral), incluant l'éthique et même le spirituel… en présentant divers éléments de réflexion sur des sujets proches de l'actualité.

     Je suis particulièrement frappé par ce jugement d'Albert Einstein: «Le monde est dangereux à vivre non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire». Participer, interpeller, proposer, dénoncer, manifester, voire désobéir, voilà autant d'actions civiques nécessaires en ce temps, comme toujours.

 

À qui adressez-vous ce livre?

Ce livre veut interpeller l'ensemble de la population, mais surtout les dirigeants politiques et leurs conseillers, les journalistes et les faiseurs d'opinion. Il pourrait servir aussi au Cégep, notamment pour le cours Éthique et politique.

 

Éléments de réflexion, avez-vous dit?

Oui. Le livre propose des analyses  de questions d'actualité et des éléments de solution concrets, mais cherche avant tout à clarifier des notions courantes et les concepts de base.

Je m'inspire évidemment de certains de mes derniers livres, mais aussi de plusieurs textes d'opinion que j'ai envoyés à divers journaux, sans qu'ils fussent  toujours reproduits.

 

Pourquoi avoir choisi ce titre surprenant?

Justement parce qu'il est surprenant. Le titre renvoie à la notion générale de culture, notamment à la dimension sociale et politique, et non à son axe littéraire. Le mot brouillon veut évoquer un bouillonnement d'idées, divers jalons de cette culture… un peu comme une courte pointe en chantier. Je n'ai pas la prétention d'être complet et exhaustif.

 

De quoi parlez-vous au juste?

Je commence par  la question  tellement débattue depuis quelque temps: les valeurs québécoises et la laïcité. Il y a des mots à éclaircir, comme Valeur et Droit. Encore davantage, celui de valeurs québécoises, que j'essaierai d'ailleurs d'identifier. Puis, la notion de laïcité et celle de culture, culture chrétienne, dont je tâche d'expliciter le contenu. J'essaie d'être concret et pratique.

     La deuxième partie porte sur les exigences de la vie démocratique: notion, distinction des pouvoirs, élection statutaire, vote proportionnel, ligne de parti, clause nonobstant, désobéissance civile, etc.

 

La démocratie! Vous ne pensez-pas que le sujet est usé?

     Pas du tout. Vous connaissez la boutade de Churchill? « La démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres ». C’est faux, évidemment ! Mais c’est dire combien elle est fragile et combien elle a toujours besoin d’ajustements, et de réformes… de la part de politiciens voués au bien de  la population et de l'implication active de citoyens et  citoyennes. Je veux faire ma part, voire proposer des éléments concrets de solution.Utopiques? Pourquoi pas !

    Mais vous m'avez interrompu…

 

Je m'excuse. Revenons donc à la description du contenu.

La troisième et dernière partie du livre porte sur cinq questions concrètes de l’ordre de la santé, de l’éducation et des finances publiques. À savoir : les soins de fin de vie et l’avortement, le rapport écoles privées/écoles publiques et le cours d’Éthique et culture religieuse, les paradis fiscaux.

 

Pouvez-vous nous dévoiler quelques-unes de vos lignes directrices?

Bien sûr. En suivant un peu la structure du livre.

     La notion de valeur – valeurs transcendantales et objectives – prime celle de droit et fonde justement les droits et responsabilités. Les droits de la personne ne sont pas qu'individuels, mais incluent des droits collectifs. Aucun n'est d'ailleurs absolu et illimité. Les droits de la personne ne se limitent pas, non plus, à ceux inscrits dans les chartes. La notion de laïcité ne doit pas servir à toutes les sauces: il y a des exigences de la vie sociale qui reposent sur d'autres valeurs, comme l'égalité, la sécurité, l'intégrité physique. La notion de laïcité par ailleurs n'est pas une notion univoque, mais un concept analogique, une notion polyvalente qui admet des modèles variés, liés à l'histoire et à l'identité des pays. Le rapport État-Église, en effet, peut être conçu et appliqué de diverses manières. Il doit tenir compte des droits individuels, mais aussi de l'histoire et de la culture de la population. De fait, aucun pays laïc moderne ne présente le même modèle. Le meilleur est celui qui est ajusté à la collectivité dont il vise à favoriser l'identité et le développement. Au Québec, cela implique que la laïcité tienne compte de la tradition et culture chrétienne. Je ne dis pas la foi chrétienne, mais la tradition et la culture.

 

Et à propos de la démocratie?

J'insiste sur la distinction des pouvoirs, ce qui entraîne la légitimité de la clause nonobstant. Je favorise l'instauration du vote proportionnel selon une formule simple: à chercher l'idéal, on retarde indéfiniment la réforme.

     Et à propos des cinq sujets concrets de la troisième partie, j'insiste sur la distinction entre morale/éthique et droit. La loi ne doit pas reprendre la morale, encore moins une morale particulière, mais ne pas suivre bêtement les mœurs. Je trouve particulièrement cynique, l'argument «On est rendu là». Tout en étant attentive aux valeurs morales, à ce qu'on appelle l'effet des lois sur les mentalités, la loi doit tenir compte des conséquences sociales à moyen et long termes.

 

Vous pensez que ce livre pourra faire évoluer les choses?

Évidemment. Je fais appel au meilleur de chacun.

 

 

 

 

 

 

 

 







LE CHARIVARI DE LA LIBERTÉ, nouveau livre d'Anne-Marie Sicotte

C’est lorsqu’un personnage de femme est venu me taper sur l’épaule que j’ai commencé à songer à ce qui est devenu une épopée campée à l’époque des patriotes de la première moitié du 19e siècle. J’étais en train de rédiger le troisième tome des Accoucheuses (paru en 2008) et subitement, j’ai été interpellée par celle qui a pris, par la suite, le prénom de Vitaline. Dans ma tête, elle prenait forme, frétillant pour s’élancer dans la vie…

À Vitaline, j’ai donné une « sensualité artistique » impossible à réprimer. Même certains mâles qui croisent sa route sont des œuvres d’art ambulantes… Pendant que je la façonnais, une nation entière s’est imposée à moi : celle qui m’avait frappée de plein fouet alors que je recréais, pour le bénéfice des Accoucheuses, l’incendie du Parlement du Canada-Uni, en 1849. Je suis partie en reportage dans le passé des rebelles trouvés coupables, en 1837 et 1838, de traîtrise envers leur mère patrie.

J’ai demandé à Vitaline et à son frère Gilbert, deux jeunes « tuques bleues » qui n’ont pas froid aux yeux, de m’entraîner à la découverte d’un pays et de son âme. Jamais je n’aurais cru que leurs semblables – ceux-ci réels – auraient tant de choses à conter à travers des milliers de documents, lettres ou articles de gazettes, journaux personnels ou pamphlets. Ils m’ont même fait quelques confidences…

Surtout, ils m’ont dépeint l’imposture. Non, ils n’étaient pas des illuminés, naïfs au point de s’attaquer à coups de piques et de fourches à l’empire le plus puissant du monde. Non, le peuple canadien parlant français n’était ni ignorant ni crédule. Il n’était pas chauvin au point de préférer un idiot de sa race à un oracle parlant une autre langue. Si les Canadiens d’alors envoyaient pétitions, requêtes et réclamations dans la mère-patrie, ce n’était pas par antipathie nationale, par esprit de préjugé envers la frange britannique de la population, mais parce qu’ils avaient de justes raisons de se plaindre. Les vrais rebelles, les brutes qui ont tenté d’accaparer le pouvoir par la force et pour leur seul profit, ne sont pas ceux qui ont été emprisonnés, maltraités, pendus.

Tout être humain, prétendaient les anciens Canadiens, a le droit incontestable de discuter de n’importe quel sujet, que ce soit en privé ou en public. Il a même l’obligation morale de s’associer en un groupement, de tenir des assemblées ou des manifestations, lorsqu’il devient évident que l’impact du nombre est le seul moyen de percer le château-fort dans lequel se cachent les dépositaires de l’autorité. Or, la Province of Quebec abritait une telle forteresse, celle du Château Saint-Louis, siège du gouvernement exécutif de la colonie.

Parmi ceux qui se sont arrogé le droit d’exercer l’autorité au détriment des « enfants du sol » et de leurs alliés immigrants aux principes démocrates, certains dégoulinaient d’arrogance. Généralement de culture britannique, ils se méfiaient viscéralement des French Canadians, estimant dangereux de les laisser jouir d’une liberté dont ils n’auraient pourtant pu se passer eux-mêmes. Dangereux pour leurs privilèges de conquérants, pour ces places dans l’appareil gouvernemental qui leur revenaient de droit, pour ces biens – propriétés foncières, terres incultes, postes lucratifs – qu’ils accaparaient au détriment de la plus élémentaire équité.

Le gouvernement exécutif était corrompu depuis le faîte du pouvoir – Conseils législatif et exécutif qui entouraient le gouverneur – jusque dans ses plus infimes ramifications, et les tristes exploits de cette coterie empoisonnaient l’existence d’une nation entière. Comment faire échec au pillage institutionnalisé? Grâce aux rouages de la démocratie parlementaire. La Chambre d’Assemblée du Bas-Canada s’est mise à débusquer la corruption endémique dans le gouvernement exécutif et à voter les règlements et les lois pour y faire échec. La chambre basse est devenue le siège de la résistance, guidée par l’incorruptible Louis-Joseph Papineau  et fortifiée par un appui indéfectible des commettants.

L’aventure débute au sein d’une famille d’artisans-potiers de Saint-Denis; elle est vécue grâce à Vitaline et à Gilbert, son frère devenu instituteur. Depuis les rives du Richelieu ou les ruelles de Montréal, tous deux partagent le sentiment d’indignation de leurs contemporains, et s’investissent dans la lutte à la mesure de leurs moyens. Ils voient passer des sorcières de violences qui les emportent parfois, à l’instar de la Rue du Sang et autres élections perverties par les bullies. Bien entendu, pendant ce temps, ces deux jeunes gens apprennent l’amour et ses vicissitudes; ils apprennent à vivre en couple comme en communauté.

Je l’ignorais avant de pénétrer en territoire patriote, mais le panorama qui s’est révélé à moi est étonnement actuel. Les Bas-Canadiens d’il y a deux siècles nous ressemblent étrangement. Ils cherchaient à assurer la liberté individuelle sans brimer les responsabilités collectives; à élaborer un projet de société le plus universellement acceptable; à priver le pouvoir religieux de son emprise sur la société civile; et enfin, à mettre en lumière les réseaux de corruption, puis à les dénoncer haut et fort. Pour parler drette, ce peuple frondeur, habitué à la gigue et aux charivaris, connaissait mieux que nous l’art de résister.

Les jeunes Dudevoir ont résolument pris pied dans l’âge adulte pendant Le pays insoumis, premier cycle de la série (vlb éditeur). Ils ont composé avec un régime tyrannique sous la houlette du gouverneur Dalhousie, avec l’intransigeance des seigneurs de Montréal et avec les habits rouges venus réprimer une prétendue émeute. Dans Le charivari de la liberté, tome 1 du second cycle intitulé Les tuques bleues et désormais publié chez Fides, Gilbert et Vitaline voient la terreur militaire étendre son empire. Tenant à assurer son pouvoir même par la force brute, une coterie de profiteurs enclenche une impitoyable mécanique de répression. Alors sonne le tocsin de la désobéissance…

Anne-Marie Sicotte

Le 30 avril 2014

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PRÉCIS RÉPUBLICAIN À L'USAGE DES QUÉBÉCOIS de Danic Parenteau

 

Qui êtes-vous Danic Parenteau?

Je suis professeur de philosophie et de science politique au Collège militaire royal de Saint-Jean depuis sa réouverture en 2008. De 2006 à 2008, j’ai été professeur à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Je détiens un doctorat en philosophie de l’Université de Paris 1 (Panthéon-Sorbonne).

Parmi mes publications, on compte (avec C.-P. Courtois), l’anthologie Les 50 discours qui ont marqué le Québec (CEC, 2011) et (avec I. Parenteau), Les idéologies politiques. Le clivage gauche-droite (Presses de l’Université du Québec, 2008), qui est devenu une référence dans plusieurs cours d’introduction aux idéologies politiques dans les universités québécoises. En 2010, j’ai également collaboré (avec M. Dumont) à la traduction française de l’ouvrage Philosophie de la crise écologique (Philosophie der ökologischen Krise) du philosophe allemand Vittorio Hösle (Éditions Wildproject et Payot).

En plus de mon travail universitaire, j’accorde une grande importance à contribuer à la vie des idées dans la cité. Aussi, je collabore régulièrement aux revues Argument et L’Action nationale, en plus de signer à l’occasion des textes d’opinion dans Le Devoir.

 

En tant que professeur de philosophie, quelles sont vos influences?

L’auteur qui m’a le plus influencé, et celui à qui j’ai consacré mes travaux de doctorat, est le philosophe allemand G.W.F. Hegel. (1770-1831). Dans sa pensée politique se dégage une place capitale pour les institutions politiques, garantes de la souveraineté et du pouvoir politique. Le républicanisme accorde une importance centrale à cette question des institutions.

 

Qu’est-ce qu’un précis et pourquoi est-ce le meilleur genre pour faire valoir votre propos?

Dans ce précis, je me suis proposé d’offrir au grand public un ouvrage simple et accessible qui puisse éclairer cette pratique républicaine que j’observe chez les Québécois. Il ne s’agissait pas ici de produire un traité ou un ouvrage savant sur ce modèle politique, mais plutôt de rendre accessible le républicanisme aux Québécois afin qu’ils puissent mieux assumer cette pratique.             

 

Donnez des exemples de républicanisme « inconscient » ou, comme vous le dites, qui relèvent de l’imaginaire collectif dans les diverses pratiques québécoises.

L’exemple le plus éclairant est sans doute le rôle de premier plan que les Québécois accordent en général au peuple dans leur représentation du pouvoir politique, suivant le principe de la souveraineté populaire. À leurs yeux, le peuple est capable collectivement d’exprimer une volonté politique qu’il revient à l’État et ses institutions d’incarner. Or, depuis l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés en 1982, laquelle a entraîné un déplacement du pouvoir politique vers les cours de justice au Canada, et au premier chef vers la Cour suprême, les Québécois ont l’impression que la voix du peuple compte de moins en moins dans le présent système politique. En effet, sur de nombreuses questions, par exemple la place de signes religieux dans l’espace public, le français comme langue d’affichage ou l’intégration des nouveaux arrivants, l’opinion des Québécois semble aujourd’hui avoir moins de poids que celle de juges non élus. Du coup, après avoir été consultés à deux reprises, en 1980 et en 1995, au moment de prendre l’une des plus grandes décisions qui soit pour un peuple, celle portant sur son statut politique, les Québécois acceptent mal que, sur ces questions touchant les règles de vie en société, leur voix puisse compter si peu.

 

Quel est l’apport de ce livre dans la connaissance qu’ont d’eux-mêmes les Québécois?

J’espère qu’avec ce précis, les Québécois seront plus à même de prendre conscience de l’influence capitale qu’exerce sur eux le modèle républicain et qu’ils pourront ainsi, revendiquer une pratique politique qui soit plus conforme à ce modèle, en réclamant notamment de pouvoir exercer leur pouvoir constituant.

 

La page couverture du livre fait référence aux couleurs du Parti patriote. En quoi ce dernier inspire-t-il votre thèse ?

Dans l’histoire politique du peuple québécois, le mouvement des Patriotes a constitué un mouvement clairement animé de républicanisme, en ce qu’au cœur de leur action politique on trouvait déjà une proposition de démarche constituante. Ainsi, les Patriotes réclamaient-ils que le peuple bas-canadien se donne des institutions politiques bien à lui, en remplacement de celles imposées par le pouvoir britannique à la suite de la Conquête.

 

Comment ce livre trouve-t-il sa place dans le contexte d’aujourd’hui, quels enjeux de l’actualité rejoint-il?

L’actualité politique récente est remplie d’exemples d’événements marqués du sceau du républicanisme. Pensons par exemple à la Crise des accommodements raisonnables qui secoua le Québec en 2007-2008. Les Québécois ont alors manifesté leur opposition claire à la pratique libérale des accommodements religieux, que lui impose le régime canadien et qui accorde à des juges non élus, le pouvoir de décréter les balises de vie société, qui vont à l’encontre de ce que souhaite le peuple québécois. Pensons également au « printemps érable », où nous avons vu le peuple exprimer son désir de pouvoir décider par lui-même du modèle d’éducation qu’il souhaite se donner. Cette volonté s’est heurtée de plein fouet au régime libéral, qui, fidèle à une approche libérale et technocratique du pouvoir, a préféré laisser les questions touchant l’éducation universitaire à la délibération d’experts et a toujours refusé d’en faire un débat public. Enfin, on ne peut ignorer l’appui dont jouit le récent projet de Charte des valeurs dans l’opinion publique québécoise, qui met notamment de l’avant le principe républicain de laïcité. S’il existe des divisions importantes sur la question spécifique de l’extension de l’interdit de port de signes religieux par les fonctionnaires de l’État, on observe un vaste consensus sur le principe général de la laïcité.

 

À quel lecteur s’adresse le livre Précis républicain à l’usage des Québécois?

Il est destiné à tous ceux qui, dans le grand public, s’intéressent à la vie des idées, à l’avenir du Québec et qui souhaitent que le peuple du Québec puisse enfin vivre plus conformément à la manière dont il a de se concevoir.

 

Mon site web personnel : http://www.parenteau.info/Danic/

 

 



Je me souviens? Le passé du Québec dans la conscience de sa jeunesse
 



C’est quoi une étude ?

 

Une étude est une recherche fondée sur des données recueillies de manière méthodique et analysées de façon rigoureuse en fonction de la démonstration convaincante d’une ou de plusieurs idées.

 

Depuis quand est-elle menée ?

 

C’est entre 2003 et 2013 que les 3 423 énoncés formant la matière de base de l’étude ont été colligés. Il s’agit de l’un des corpus du genre parmi les plus volumineux au monde.

 

Auprès de qui ?

 

Les énoncés ont été obtenus auprès d’élèves de 4e et de 5e secondaire fréquentant des écoles situées dans un grand nombre de régions du Québec. Le corpus inclut également des phrases produites par des cégépiens ainsi que par des étudiants d’universités. Il a été possible de récolter des formules auprès de francophones, d’anglophones et d’allophones.

 

Comment ?

 

L’enquête a été menée en classe de manière anonyme (les répondants n’avaient pas à s’identifier), soudaine (ils n’étaient pas préparés à l’épreuve) et très peu directive (aucune réponse n’était a priori considérée inacceptable ou inadéquate).

 

Pourquoi ?

 

L’étude avait notamment pour objectif de vérifier l’hypothèse selon laquelle les jeunes savent sans connaître. Dit autrement, les jeunes ont des visions fortes du passé du Québec à défaut d’avoir une connaissance pleine de ce qui a été. Si bien que l’ignorance des jeunes n’est pas un vide qu’il faut combler, mais un plein sur lequel on peut intervenir.

Par qui ?

 

Le projet a été conçu par moi. J’ai également initié la recherche et obtenu le financement nécessaire à sa réalisation. Je me suis adjoint une équipe de collaborateurs formée d’étudiants à la maîtrise ou au doctorat qui ont assumé différents travaux d’assistanat. Je tiens à souligner la contribution majeure de Raphaël Gani dans ce cadre. Plusieurs enseignants ou professeurs ont aussi aidé à la cueillette de données en acceptant de soumettre leurs élèves ou étudiants à l’enquête.

 

Quels sont les principaux résultats ?

 

Ils sont très nombreux. Je me contenterai d’en mentionner un seul : la pensée historique des jeunes est quelque chose de complexe, qui se comprend mal et se saisit encore moins bien à partir du concept d’ignorance.

 

 

Pourquoi ce livre est-il intéressant ?

 

On sait beaucoup de choses sur le savoir transmis aux jeunes. On en sait beaucoup moins sur le savoir reçu, assimilé réintelligé et réutilisé par eux aux fins de la construction d’un sens qui leur est utile. L’intérêt du présent travail vient de ce qu’il permet d’entrer au cœur du régime des représentations de la jeunesse québécoise touchant le passé de sa société. Il s’agit de l’étude du genre la plus exhaustive qui ait été mené à ce jour au Québec et au Canada.

Pourquoi ce livre est-il pertinent dans le contexte des réformes de l’enseignement de l’histoire proposées par le PQ ?

 

Il est dommage que le gouvernement du PQ ait lancé l’idée d’une réforme du programme Histoire et éducation à la citoyenneté sans étude préalable et sérieuse des vertus et lacunes de ce programme. On affirme beaucoup de choses à propos du déficit de connaissance des jeunes concernant le passé du Québec. À propos de ce qui touche à l’histoire, véritable religion au Québec, les humeurs, on le sait, sont chaudes au point d’être brûlantes. La présente étude amène de l’eau au moulin d’une réflexion qui mérite d’être mieux fondée et plus nuancée sur l’éducation historique de la jeunesse québécoise.

 

Quelle est l’originalité du livre ?

 

L’idée à l’origine du livre est la plus simple, mais aussi la plus porteuse que je n’ai jamais eue. Des recherches s’inspirant de la mienne sont menées en France, en Catalogne, en Suisse, en Suède, en Allemagne, au Canada anglais et en Ontario français. L’originalité du livre tient à ce que, pour sonder les représentations historiques des jeunes, on ne les enferme pas dans les mailles d’un questionnaire établi en considérant leurs réponses selon un criterium normatif ; on leur donne plutôt la parole, qu’on respecte comme elle s’énonce et qu’on analyse comme elle s’affirme. Ce faisant, on découvre ce qu’il reste de ce qui leur est transmis ; on découvre aussi quelles visions d’histoire les jeunes construisent à partir de ce qu’ils entendent à propos du passé. De cette manière, on entre au cœur des représentations qui sont structurantes de l’identité collective qu’ils portent à leur échelle individuelle.    

 

Ce livre s’adresse à quel lectorat ?

 

Aux enseignants, aux professeurs et aux étudiants en enseignement, bien sûr, qui sont directement touchés par le contenu de l’ouvrage. Mais le livre s’adresse aussi à ceux qui s’intéressent à la relation que les jeunes entretiennent avec le passé ; à ceux qui sont préoccupés par la diffusion de l’histoire dans l’espace public ; à ceux qui se soucient de l’éducation historique ; à ceux qui cherchent à savoir si, concernant l’interprétation du passé du Québec, il existe des différences entre les francophones et les anglophones, les garçons et les filles, les jeunes de différents niveaux scolaires, les jeunes et la population en général, les jeunes qui ont suivi le cours Histoire et éducation à la citoyenneté et ceux qui ne l’ont pas suivi. 

 

 

 

Pourquoi avoir choisi cette page couverture ?

 

Outre le fait que la caricature de Garnotte, brillante, colle de près au contenu de l’ouvrage, il s’agit d’un clin d’œil à ceux qui, vite en affaire, considèrent la jeunesse d’aujourd’hui comme étant ignare en matière d’histoire, sans souci de continuité avec les prédécesseurs, désintéressée de ce qui touche au passé et dépolitisée. Non, les jeunes ne savent pas – sauf exception – qui fut le premier premier ministre du Québec. Qu’importe : ils ont leur téléphone intelligent pour trouver la réponse en trois secondes ! Bien que leur esprit ne soit pas encyclopédique, les jeunes n’en sont pas moins habités des visions d’histoire qui, de manière générale, reprennent les thèmes identitaires de leur communauté de référence, qu’il s’agisse de la communauté francophone ou de la communauté anglophone.

 

Jocelyn Létourneau, auteur, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire du Québec contemporain. Le 6 février 2014.

 


Thérèse Casgrain, La gauchiste en collier de perles

 

 

Thérèse Casgrain est une belle marginale que j’ai tenté de vous faire connaître du mieux que les archives et les souvenirs de ceux qui restent et qui l’ont côtoyée me permettent de le faire. Avoir su qu’un jour j’écrirais sur elle, j’aurais dès le milieu des années 1960 noté nos rencontres, nos conversations quand je passais la fin de semaine chez elle ou que nous allions aux courses, à Blue Bonnets, toutes deux chapeautées et gantées, comme il était de convenance à l‘époque.

 

Thérèse naît en 1896, dans l’opulence.  Brillant homme d’affaires, son père est alors presque millionnaire.  Elle aurait voulu aller à l’université mais lui l’envoie plutôt faire ses classes auprès de la nombreuse domesticité au service de la famille : une femme de son rang doit apprendre à gérer la maison …

 

Thérèse ne s’est jamais excusée d’être qui elle était :  une bourgeoise portant le cœur à gauche.  Et qui a investi le reste de ses fonds pour assurer que des candidats du CCF/ – dont elle est la Chef au Québec durant la décennie 1950  avant que ce parti ne devienne le NPD (oui, elle est la première femme chef d’un parti politique) – puissent faire campagne, même si elle savait fort bien qu’ils ne serait pas élus.  Elle non plus d’ailleurs.  Huit fois, elle se présentera; huit fois, elle sera battue.

 

Mais Thérèse est convaincue qu’elle peut infléchir le cours de l’histoire.  Dès 1921, elle fait campagne au fédéral pour son mari malade, puis elle joint les rangs du Comité provincial pour le suffrage féminin.  Au Québec, les femmes n’ont pas encore le droit de voter, encore moins de se présenter.  Pour Thérèse, une classe non représentée devient forcément une classe négligée pour ne pas dire méprisée.  Elle n’aura de cesse que le jour où le gouvernement d’Adélard Godbout accordera le droit de vote et d’éligibilité aux femmes, le 24 avril 1940.

 

Thérèse est d’avant-garde.  En plein milieu de la crise économique, en 1933, elle défend le droit des femmes mariées à travailler.  Et elle réclame un salaire égal pour un travail égal, égal pas seulement en durée, ce qui ne signifierait pas grand chose, mais en quantité et en qualité, écrit-elle.

 

En 1959, sous le gouvernement Duplessis, elle fait campagne pour une instruction publique et obligatoire jusqu’à l’âge de seize ans, pour la formation des maîtres et une juste rémunération pour eux de même que pour un financement adéquat des universités.  Elle parle de la nécessaire disparition des caisses électorales à la base, selon elle, de la corruption qui mine les vieux partis.  Elle voudrait que le gouvernement se dote d’un organisme de planification dont la mission serait de veiller à la conservation des immenses ressources naturelles du Québec - évitant ainsi qu’elles ne servent qu’au bien-être du petit nombre au dépens de la plus grande partie de la population.  Ces sujets seront repris par le gouvernement de Jean Lesage et feront partie du programme menant à la Révolution tranquille.

 

Hors norme, hors cadre, Thérèse n’est jamais à une contradiction près.  Haranguer des syndiqués sur une ligne de piquetage, faire campagne à l’heure de sortie des travailleurs des usines avec son chapeau, ses gants blancs et ses perles tout en chuchotant à des journalistes qu’elle détient des actions de ces compagnies!  Mais ce qui est le plus choquant pour ses anciens compagnons d’arme du CCF, c’est quand elle accepte l’offre de son ami Pierre Trudeau de siéger au Sénat.  Comme chef du CCF, et durant toutes ses années de militance au sein de ce parti, elle a fait campagne pour l’abolition du Sénat.  Qu’elle s’y retrouve, on ne le lui pardonnera pas.  Encore moins d’avoir utilisé cette tribune pour louanger Trudeau d’avoir imposé la Loi des Mesures de Guerre, elle qui fut membre fondateur de la Ligue des droits de l’homme et qui s’était tant battue pour la défense des droits de tout un chacun.

 

Elle ne siégera que neuf mois au Sénat, une législation de 1965 exigeant qu’un sénateur se retire le jour de son soixante-quinzième anniversaire de naissance.  À quelques semaines de là, (juin 1972) elle écrit une longue lettre à son ami Trudeau.  Le texte en est encore tellement d’actualité que je me permets d’en citer un extrait.  Estimant qu’une réforme en profondeur s’impose au plus tôt, elle écrit :

 

(…) le Sénat ne devrait nullement être le couronnement d’une carrière, une récompense partisane ou une pension honorable, mais simplement une nouvelle et dynamique manière de servir son pays.  À l’heure actuelle, il ne peut malheureusement remplir adéquatement ce rôle.  Plusieurs de ses membres sont malades, très âgés (beaucoup plus que moi) ou complètement indifférents aux maux qui affligent la société.  D’autres sont des membres reconnus de ce qu’il est convenu d’appeler « l’establishment ».  Il est normal que ce soient surtout les intérêts de ce milieu qu’ils représentent.  Aujourd’hui le public en est dangereusement conscient.  Ceci expliquerait le peu de respect, la manière désinvolte et même grossière dont on parle souvent des sénateurs. (pp 431,432 de mon livre).

 

Nicolle Forget

Longueuil, ce 8 décembre 2013.


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La surchauffe de nos agendas (Fides, 2013) : enjeux et espoirs

Par Christine Lemaire

Au cours de mes recherches sur le temps et la gestion du temps, j’ai lu cette réflexion d’un gestionnaire que je vous livre de mémoire : « Le monde des affaires et la « science managériale » ont découvert que des employés heureux sont plus productifs. Mais si on avait découvert que ce sont les employés malheureux qui donnent le meilleur rendement, on aurait fait l’impossible pour qu’ils le soient. »

Cette remarque, faite dans les années 1960, est toujours d’actualité en cette ère de néolibéralisme triomphant. L’organisation fera toujours passer ses intérêts avant les nôtres. Si nos intérêts respectifs convergent, il ne s’agit que d’une heureuse coïncidence. En conséquence, les personnes avisées feraient bien de ne pas trop se fier sur l’entreprise pour combler leur besoin de bonheur.

Pourtant, c’est ce que nous faisons chaque jour en « gérant » notre temps. Car la gestion du temps a été développée d’après les principes de base de la gestion dans le monde des affaires : sa planification, son organisation, son utilisation et son contrôle sont régis en fonction des valeurs et des préoccupations de l’organisation.

Les méthodes de gestion du temps ont été élaborées par des auteurs qui évoluent avec plaisir et aisance dans ce monde-là. Ils s’y sentent bien. On en parle souvent comme des battants, des gagnants, des gens performants, énergiques, etc. Ils sont convaincus que leurs méthodes nous rendront plus heureux puisqu’elles sont efficaces pour eux-mêmes.

Pour ma part, j’ai côtoyé toute ma vie des personnes qui vivent mal dans ce temps géré. Des gens qui ne se sentent pas interpelés par l’idée d’en faire toujours plus, d’aller au-delà de leurs limites, de donner leur 110% ou de sortir de leur zone de confort. Ces gens désirent accomplir du bon boulot et profiter de la vie, sans être pour autant paresseux ou médiocres. Ils n’ont simplement pas la même idée de ce qu’est une vie réussie.

Pourtant, les premiers prétendent vouloir enseigner aux seconds l’art d’être heureux.

Quel que soit notre camp, notre temps est notre premier compagnon de vie. Nous avons de la vie tant que nous avons du temps. Notre rapport au temps est donc garant de la qualité de notre vie. Apaiser son rapport au temps, c’est littéralement changer sa vie et son rapport au monde.

Or, aujourd’hui, tout est possible. Tout est possible en même temps et en toutes circonstances. Et ces possibles sont infinis. Cela peut nous donner l’impression de courir sans ne jamais rien atteindre, de perte de sens allant jusqu’à l’absurdité, un sentiment de dispersion et d’impuissance. Le temps est alors sévère, avare et étroit. C’est ce qu’évoque la surchauffe de nos agendas.

Selon Einstein, un problème ne se règle jamais au même niveau où il a été créé. Si on suit sa logique, il faudrait arriver à sortir du cadre temporel mis en place par le monde des affaires. Il faut proposer d’autres images que celui du temps géré comme de l’argent ou comme une ressource à exploiter. Il faut réinventer notre rapport au temps.

Mon espoir est que les images que je propose dans mes deux ouvrages – un temps multiple, généreux et vivant, un temps que l’on peut aborder comme un écosystème, traversé de flux d’énergies, secoué par nos émotions, souvent maltraité, éternel quand on réussit à toucher la beauté du monde, puissant de tous nos temps emmêlés -- que toutes ces images puissent nous amener à favoriser l’épanouissement d’autres valeurs qui mèneront à des comportements plus sains pour nous-mêmes, les autres et notre environnement. Je propose d’observer notre temps pour le comprendre, et co-créer notre vie avec lui. Je propose, enfin, de le soigner et de le respecter afin de le vivre de façon plus harmonieuse.

Il me semble évident qu’une personne pressurisée par son temps n’a aucun respect, aucune bienveillance pour celui des autres. Elle n’en a pas davantage pour son environnement. Quand on s’exploite soi-même du matin jusqu’au soir -- en exploitant son temps au maximum -- on se trouve exactement dans la même logique et le même élan que les exploiteurs de la nature, des peuples qui travaillent à remplir les étagères de nos magasins, des animaux qui se retrouvent sur notre table. Tout est lié et, dois-je le dire, tout est une question de temps.

Ainsi, mon désir de réduire cette surchauffe de nos agendas est, dans un temps que je nomme mosaïque,  ma contribution à la lutte contre la surchauffe de notre climat, mon espoir manifesté en un monde plus juste, réconcilié avec lui-même parce que réconcilié avec son temps.

 

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